"L'impression en ligne a besoin de volume, il faut pouvoir s'adapter à la demande"
René de Heij évoque les ambitions de Print.com en tant que plateforme
Print.com devrait atteindre cette année un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros. Depuis les Pays-Bas, l'entreprise continue de développer une plateforme internationale sur laquelle les professionnels de l'imprimerie pourront non seulement commander des travaux d'impression, mais aussi, à terme, mettre en relation clients, producteurs et partenaires spécialisés. "Nous sommes une plateforme, ce qui exige une stratégie différente de celle d’un simple imprimeur."
En parcourant le site de production de Print.com à Westerbroek, près de Groningue, on découvre toute l’ampleur de ce pôle d’impression polyvalent. Impression, découpe, finition, emballage et expédition s’enchaînent ici à grande échelle. Le site Simian, d’une superficie de 23.000 m², regroupe pratiquement toutes les technologies d’impression importantes. Il s’agit de l’offset, du numérique, du jet d’encre et de la nanographie, tant en petit qu’en grand format. En compagnie d’un groupe de clients belges, Nouvelles Graphiques a bénéficié d’une visite guidée animée par René de Heij, directeur général de Print.com, et Bruno Mossay, responsable du marché belge chez Print.com.
Le site de production compte environ 230 collaborateurs et traite entre 2.000 et 4.500 commandes par jour. Print.com dispose également d’un siège social à Deventer (qui emploie plus d’une centaine de personnes), ainsi que de Brezo à Kampen, spécialisé dans l’impression textile et la production d’articles promotionnels. "Il faut pouvoir fabriquer soi-même les produits de base", explique René de Heij. "C’est important pour une marque comme Print.com." Dans le même temps, le dirigeant est conscient qu’aucun fabricant ne peut tout produire lui-même. "Nous devons donc également intégrer des produits d’autres fabricants à notre plateforme. En tant que plateforme, notre rôle est de rassembler les différents acteurs. C’est une façon de penser différente de celle d’un simple fabricant."
Le volume reste indispensable
Cette ambition de plateforme n’enlève rien au fait que les principes classiques de l’impression en ligne restent d’actualité. "L’impression en ligne a besoin de volume. Il faut pouvoir évoluer", explique De Heij. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a motivé la fermeture de l’ancienne usine de production à Oss et le transfert de la production à Westerbroek après le rachat de Simian en 2025.
Le site offrait un potentiel de croissance. Le bâtiment était disponible, l’alimentation électrique était assurée – ce qui n’est pas négligeable en ces temps – et il y avait une surcapacité dont Print.com pouvait tirer parti. Dans le même temps, le regroupement des activités est bien plus qu’une simple opération logistique. Les systèmes informatiques, les cultures d’entreprise et les personnes doivent être harmonisés.
L’ambition de Print.com témoigne également de sa volonté de se développer à grande échelle. L’entreprise prévoit d’atteindre cette année un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros. De Heij estime par ailleurs qu’il reste encore une marge de progression importante. Il se réfère aux chiffres du cabinet d’études de marché Smithers, qui estime le marché mondial de l’impression à 868 milliards de dollars. "C’est même plus que l’industrie musicale mondiale."
"L’impression, c’est énorme", résume-t-il. Et selon lui, le marché ne fait que gagner en diversité. Il est possible d’imprimer sur un nombre croissant de supports, les nouvelles technologies élargissent les possibilités et la personnalisation crée de nouvelles applications. Il constate que le grand format, l’emballage et la décoration d’intérieur évoluent de plus en plus vers des industries de volume.
Produits et concepts
Mais c’est précisément là que réside un défi pour Print.com. Selon M. De Heij, celui qui se contente de proposer des produits dans une boutique en ligne n’exploite qu’une partie du potentiel. Il cite l’exemple d’une cantine d’entreprise qui doit être réaménagée. Aujourd’hui, Print.com peut fournir des produits individuels à cette fin. Mais un client ne pense pas nécessairement en termes de panneaux, d’autocollants, de bannières ou d’autres applications graphiques. Il souhaite réaménager un réfectoire. "C’est un concept. Comment pouvons-nous le commercialiser? À l’heure actuelle, nous vendons des produits, pas des concepts."
Il s’agit d’une évolution intéressante. Dans les années à venir, Print.com souhaite non seulement proposer davantage de produits, mais surtout essayer de créer davantage de demande en matière d’impression, puis de relier cette demande à la capacité de production adéquate. La "co-création" est ici le mot-clé. Les partenaires d’impression peuvent proposer des produits, tandis que les marques peuvent trouver des prestataires et de l’inspiration. "Comment tirer ensemble le meilleur parti du marché?", telle est, selon René de Heij, la question centrale.
Une boutique en ligne ne suffit pas
Sur le plan technologique également, Print.com souhaite prolonger cette réflexion. L’application web actuelle reste l’environnement de commande destiné aux professionnels de l’impression et aux marques, avec une attention particulière portée à la fonctionnalité, à la collaboration, aux intégrations et à une large gamme de produits. Parallèlement, l’entreprise travaille sur différentes solutions numériques visant à élargir la relation avec le client.
"Print Portal" est désormais opérationnel en tant que portail de commande privé. Grâce au 'Pop-up Store', les entreprises graphiques peuvent installer un environnement en marque blanche sur leur propre site web et utiliser, entre autres, les photos de produits et de campagnes de Print.com.
Des améliorations sont également apportées au niveau logistique. 'Collect + Ride' regroupe plusieurs commandes afin qu’elles puissent être livrées par un seul livreur, à une date choisie. Cela devrait permettre de réduire le nombre de trajets, lesémissions de CO₂ et les coûts. D’autres applications sont encore en cours de développement. Avec 'Print Projects', l’entreprise souhaite faciliter le travail par projet. Et avec 'Quote Network', Print.com entend fonctionner encore plus clairement comme une place de marché. Les partenaires d’impression peuvent s’y proposer pour des missions, tandis que Print.com se charge notamment de modérer les demandes, de les clarifier et de les mettre en relation avec les partenaires appropriés.
L’IA contre le stress du choix
Selon M. de Heij, l’intelligence artificielle peut accélérer cette évolution. L’IA et d’autres outils numériques permettent à un nombre croissant de personnes de créer elles-mêmes des designs. Parallèlement, l’IA peut résoudre un problème que l’impression en ligne a elle-même contribué à créer: le stress du choix.
Un site web proposant des centaines de produits, de formats, de matériaux et de finitions n’est pas forcément le moyen le plus simple de commander des imprimés. De Heij voit donc des opportunités pour le "commerce conversationnel". Un client pourrait, par exemple, décrire ses besoins via WhatsApp ou même par message vocal, après quoi la technologie aiderait à lui proposer les produits et les partenaires de production adaptés.
L’IA peut en outre aider Print.com à rendre commercialement viables bien plus de produits de niche. De Heij nuance toutefois l’engouement actuel pour l’IA. Selon lui, la technologie se trouve dans une phase de développement où il est également important que les coûts ne deviennent pas trop élevés. Mais cela ne signifie pas, selon lui, que l’évolution s’arrête.
Se réinventer sans cesse
Le message sous-jacent à Westerbroek dépasse finalement le cadre des activités de Print.com. Le marché de l’imprimerie évolue rapidement et M. De Heij met en garde contre une approche trop défensive du modèle économique existant. Pour Print.com, cela implique de rechercher en permanence des moyens de faciliter la vie des clients tout en créant de nouvelles opportunités de chiffre d’affaires pour les entrepreneurs du secteur graphique. Les partenaires doivent pouvoir accéder, via une plateforme unique, à davantage de produits, d’outils, de capacités de production et, à terme, à des commandes. "Ce que nous pouvons faire, c’est tirer davantage parti du marché et être proactifs", conclut M. De Heij.
Le centre d’impression de Westerbroek doit lui aussi continuer à évoluer. Print.com envisage notamment une automatisation accrue de la logistique et la mise en place de convoyeurs pour un flux de marchandises plus efficace, afin que les collaborateurs aient moins à se déplacer dans l’espace de production. Print.com souhaite combiner l’échelle de production avec celle des services numériques. Ne pas tout produire soi-même, mais essayer de faire passer de plus en plus de ce qui est demandé et proposé sur le marché graphique par la même plateforme. Ou, comme le résume De Heij: "Nous sommes une plateforme." Et cela s’avère peu à peu être une ambition bien plus vaste que la simple vente d’imprimés en ligne.
Photos: Print.com