Du design à la mise sur le marché
Le PPWR redéfinit les règles de l'emballage
La recyclabilité, la conformité réglementaire et la transparence des données s'imposent désormais comme les nouveaux piliers du développement des emballages. Tel est le message qui s'est dégagé de plusieurs conférences thématiques organisées lors de la dernière édition du salon Empack Gorinchem.
L’industrie européenne de l’emballage est à l’aube de l’une de ses plus profondes transformations depuis plusieurs décennies. Avec l’entrée en vigueur du règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR), la durabilité cesse d’être une démarche volontaire pour devenir une obligation réglementaire. Alors que la conception axée sur le recyclage relevait jusqu’à présent principalement des bonnes pratiques ou des ambitions environnementales, la recyclabilité devient désormais une condition essentielle d’accès au marché. En vertu de cette nouvelle réglementation, les emballages devront répondre à des exigences strictes en matière de conception, de matériaux et de circularité pour pouvoir être commercialisés.
À la recherche des faits
Lors du salon Empack 2026, Karen van de Stadt de Verpact et Ulphard Thoden van Velzen de Wageningen University & Research (WUR) ont présenté l'impact des nouvelles règles européennes sur la conception des emballages, le recyclage et la coopération au sein de la chaîne. Leur message était clair: les entreprises qui attendent les directives européennes définitives risquent d'être rapidement dépassées.
Nouvelle orientation européenne
Le PPWR, publié le 22 janvier 2025, remplace la directive européenne existante sur les emballages et vise à réduire les déchets d'emballages, à encourager un recyclage de qualité et à rapprocher l'Union européenne de ses objectifs climatiques pour 2050. Le règlement s'applique à tous les emballages mis sur le marché au sein de l'UE et a un champ d'application beaucoup plus large que le seul recyclage. Outre les exigences de recyclabilité, le règlement introduit des obligations en matière de réutilisation, d'utilisation minimale de produits recyclés, de compostabilité, de réduction des substances nocives, de minimisation des emballages et d'étiquetage harmonisé. Pour de nombreuses entreprises, cela signifie que les emballages devront désormais répondre non seulement à des exigences fonctionnelles et commerciales, mais aussi à un ensemble complet de critères de conception circulaire.
Conception pour le recyclage: un impératif économique
Selon Van de Stadt et Thoden van Velzen, la conception en vue du recyclage ne relève plus uniquement d’une démarche environnementale. Les emballages difficiles à recycler engendrent des coûts plus élevés de collecte, de tri et de traitement, tout en réduisant la qualité des matières premières secondaires obtenues. Or, cette qualité devient de plus en plus cruciale à mesure que le PPWR favorise l’intégration de matériaux recyclés dans les nouveaux emballages. Pour garantir des volumes suffisants de matières recyclées de haute qualité, les emballages doivent dès leur conception être davantage adaptés aux infrastructures et aux procédés de tri et de recyclage existants.
Dans cette optique, un emballage bien conçu ne constitue pas seulement un avantage environnemental, mais également une valeur économique. Plus un flux de matériaux sort du processus de tri de manière homogène et de qualité, plus il devient attractif pour les recycleurs et les utilisateurs de matières recyclées. La transition vers une économie circulaire impose ainsi une nouvelle approche du développement des emballages. Les concepteurs sont appelés à intégrer dès aujourd’hui ce que deviendra l’emballage une fois arrivé en fin de vie, et à tenir compte de son parcours futur dans la chaîne de recyclage.
La recyclabilité détermine l'accès au marché
L'article 6, qui définit les exigences en matière de recyclabilité, est l'une des parties les plus ambitieuses du PPWR. À partir de 2030, seuls les emballages manifestement 'conçus pour le recyclage' seront autorisés à entrer sur le marché européen. Pour ce faire, la Commission européenne introduit quatre classes de recyclabilité:
- Classe A: plus de 95% de matériaux cibles;
- Classe B: plus de 80%;
- Classe C: plus de 70%;
- Classe D: moins de 70%.
Les emballages classés en catégorie D disparaîtront progressivement du marché à partir de 2030. Les exigences se renforceront encore par la suite: à compter de 2038, seuls les emballages appartenant aux catégories A et B pourront encore être commercialisés. Ce système illustre clairement l’évolution en cours: la recyclabilité ne sera plus appréciée de manière relative ou indicative, mais deviendra un critère de performance mesurable, directement lié à l’accès au marché. Les entreprises devront donc démontrer concrètement les performances de leurs emballages pour satisfaire aux exigences réglementaires futures.
De la théorie à la réalité
Outre la conception pour le recyclage, le PPWR introduit un deuxième critère clé: le "recyclage à l'échelle". Un emballage peut théoriquement être parfaitement recyclable, mais s'il n'y a pas suffisamment d'infrastructures en Europe pour le recycler, il ne répondra pas aux exigences. C'est pourquoi, à partir de 2035, les emballages devront non seulement être conçus pour être recyclables, mais aussi être recyclés à grande échelle de manière démontrable. Cela suppose actuellement un taux de recyclage minimum de 55% au sein de l'Union européenne. Cette approche établit un lien direct entre la conception des emballages et les performances réelles de la chaîne des déchets et du recyclage. Par conséquent, les producteurs devront de plus en plus comprendre comment leurs emballages se comportent dans les installations de tri et les processus de recyclage.
Fin du modèle des feux tricolores
Un autre changement majeur concerne la manière dont la recyclabilité sera évaluée à l’avenir. Jusqu’à présent, de nombreuses lignes directrices en matière de conception pour le recyclage reposaient sur un système simple de type 'feu tricolore': vert pour les applications recommandées, orange pour les applications à surveiller et rouge pour les applications à éviter. Avec le PPWR, cette approche laisse place à une méthodologie beaucoup plus détaillée, fondée notamment sur le bilan de masse - une méthode comptable permettant de suivre l’utilisation de matières premières recyclées ou renouvelables dans des chaînes de production complexes - ainsi que sur la composition des matériaux.
Des groupes de travail européens du CEN et du Centre commun de recherche (JRC) développent actuellement les aspects techniques de ces méthodes d’évaluation. Celles-ci prendront notamment en considération les éléments suivants:
- la quantité de matériau cible
- la présence de composants interférents
- la facilité de tri;
- le rendement des processus de recyclage
- la qualité du produit recyclé final.
Les critères de qualité européens définitifs sont attendus pour la fin de l'année 2027. D'ici là, beaucoup reste à faire, mais la direction est claire: des performances mesurables remplacent les recommandations génériques en matière de conception.
Principales échéances
Le Packaging and Packaging Waste Regulation (PPWR) sera mis en œuvre progressivement. Pour les entreprises d'emballage, les propriétaires de marques et les détaillants, il est important de prendre en compte les principales échéances dès maintenant.
12 août 2026 - Déclaration de conformité obligatoire
Chaque emballage unique mis sur le marché européen doit être accompagné d'une déclaration de conformité. Les fabricants doivent être en mesure de démontrer que l'emballage est conforme aux exigences du PPWR, y compris les restrictions sur les substances nocives et les exigences en matière de recyclabilité, de réutilisation et de minimisation des matériaux.
Fin 2027: les critères européens de recyclabilité sont prêts
L'organisme de normalisation européen CEN et le Centre commun de recherche (CCR) travaillent sur la méthodologie finale d'évaluation de la recyclabilité. La publication attendue de ces critères constituera la base des futures autorisations de mise sur le marché.
2028 - Renforcement des exigences en matière de documentation et d'information
Les entreprises doivent être en mesure de démontrer de manière de plus en plus détaillée de quels matériaux et composants les emballages sont constitués. L'analyse des unités de rejet individuelles et la justification de la recyclabilité jouent un rôle plus important.
2030 - Seuls les emballages recyclables sont encore autorisés
À partir de cette date, les emballages appartenant à la classe de recyclabilité D (moins de 70% de matériaux cibles) ne seront plus autorisés sur le marché européen. Des obligations supplémentaires concernant la réutilisation et l'utilisation de produits recyclés entreront également en vigueur.
2035 - Le recyclage à grande échelle devient obligatoire
Les emballages doivent non seulement être théoriquement recyclables, mais également être recyclés à grande échelle au sein de l'Union européenne. La Commission européenne partira d'un taux de recyclage minimum de 55%.
2038 - Seuls les emballages les plus performants seront conservés
À partir de 2038, seuls les emballages des classes de recyclabilité A et B seront autorisés. Cette mesure place à nouveau la barre très haut en matière de conception d'emballages.
Analyser l'emballage jusqu'au niveau des composants
Les nouvelles réglementations révèlent également la complexité des emballages modernes. Au cours de la présentation, un emballage secondaire apparemment simple a été analysé. Ce qui, à première vue, semble être un seul emballage, s'est avéré être une combinaison de polypropylène, de carton, d'aluminium, de revêtements, d'encres d'imprimerie et d'adhésifs. Dans le cadre du PPWR, on examine non seulement l'emballage dans son ensemble, mais aussi les unités individuelles dites 'jetables'. Chaque élément jeté séparément par les consommateurs peut se voir attribuer sa propre note.
Cela signifie que les entreprises doivent documenter leurs emballages de manière beaucoup plus détaillée qu'auparavant. La composition des matériaux, les types d'adhésifs, les revêtements, les étiquettes et les fermetures deviennent autant de données pertinentes pour les futures évaluations de conformité. Pour de nombreuses organisations, cela signifie une nouvelle forme de gestion des données dans laquelle les spécifications de l'emballage occupent une place centrale.
La déclaration de conformité devient obligatoire
Le deuxième pilier du PPWR est l'introduction de déclarations de conformité obligatoires. Paul Christiaens, de Verpact, a expliqué qu'à partir du 12 août 2026, chaque emballage unique devra être accompagné d'une déclaration de conformité. Ce document fait office de passeport de l'emballage et atteste que l'emballage satisfait à toutes les exigences légales en vigueur. La déclaration doit montrer qu'un emballage respecte les réglementations en matière de recyclabilité, de réutilisation, de compostabilité, de minimisation des matériaux et de restrictions sur les substances nocives telles que les métaux lourds et les PFAS. Si une déclaration de conformité fait défaut lors d'une inspection, l'emballage peut en principe être retiré du marché. Pour de nombreuses entreprises, cela signifie une extension significative de leurs exigences en matière de documentation.
Cinq étapes vers la conformité
Pour aider les entreprises, Christiaens, au nom de Verpact, recommande une approche structurée de la préparation des déclarations de conformité. La première étape consiste à déterminer le rôle de l'entreprise dans la chaîne. Les responsabilités et les obligations varient en fonction de la position du fabricant, de l'importateur, du distributeur ou du fournisseur. Ensuite, tous les composants de l'emballage doivent être inventoriés et reliés aux unités d'orientation correspondantes. Il faut ensuite rassembler la documentation technique, y compris les spécifications des matériaux, les déclarations sur les PFAS et les autres substances préoccupantes, les résultats des tests et les nomenclatures. Sur cette base, il est possible de déterminer si l'emballage répond aux différentes exigences du PPWR. Le résultat est ensuite consigné dans une déclaration formelle de conformité, étayée par une documentation technique. Cette approche nécessite une coopération étroite entre les fabricants d'emballages, les fournisseurs de matériaux, les propriétaires de marques et les importateurs.
Pas besoin d'attendre
Bien que de nombreux critères européens soient encore en cours d'élaboration, les experts estiment que les entreprises ne doivent pas attendre. Le conseil aux entreprises est donc le suivant: commencez dès maintenant à prendre des mesures dont il est presque certain qu'elles seront bénéfiques dans le cadre de la future réglementation. Pensez à simplifier la structure des matériaux, à réduire les composants perturbateurs et à améliorer les possibilités de tri. De tels ajustements ne présentent pas seulement des avantages en termes de conformité future, mais peuvent également contribuer directement à la réduction des coûts de traitement des déchets et à l'amélioration de la recyclabilité.
Du volontariat à la légalité
Le fil conducteur de toutes les présentations était que le PPWR marque un changement fondamental dans la façon dont les emballages sont perçus. Alors que pendant des années, la durabilité était principalement un facteur de différenciation, la circularité devient de plus en plus une exigence de base pour rester actif sur le marché européen. La recyclabilité, l'utilisation de matériaux recyclés, la transparence des matériaux et la documentation de conformité passent du statut d'efforts volontaires à celui d'obligations légales.
Pour les propriétaires de marques, les détaillants et les producteurs d'emballages, cela signifie qu'il faudra non seulement des innovations technologiques dans les années à venir, mais aussi des changements organisationnels. L'échange de données au sein de la chaîne, l'enregistrement détaillé des matériaux et l'intégration précoce des principes de conception pour le recyclage deviendront des facteurs de réussite cruciaux.
Le message d'Empack 2026 était donc clair: le PPWR n'arrivera pas seulement en 2030. La préparation commence dès maintenant. Les organisations qui investissent aujourd'hui dans la connaissance, les données et la conception circulaire créent non seulement une certitude quant à la conformité future, mais renforcent également leur position dans l'économie circulaire de demain.
Que peuvent faire les entreprises dès maintenant?
Il existe plusieurs mesures que les organisations peuvent prendre immédiatement, sans craindre que la situation ne change avec l'introduction du PPWR:
- simplifier les structures des matériaux;
- réduire les composants perturbateurs;
- améliorer les possibilités de tri;
- cartographier toutes les unités de mise au rebut;
- mettre en place des systèmes d'échange de données avec les fournisseurs et les clients.
En commençant dès aujourd'hui, on augmente les chances d'une transition en douceur vers les nouvelles règles européennes en matière d'emballage.